WordPress et Webflow : deux visions du web qui s’affrontent
Vous êtes en train de créer (ou refondre) votre site internet, et partout on vous parle de Webflow comme du « nouveau WordPress ». Les articles de comparaison pleuvent, les agences Webflow poussent comme des champignons, et vous commencez à vous demander si WordPress n’est pas un outil du passé. Pourtant, quand on met les mains dans le cambouis au quotidien sur des projets réels, des sites vitrines, des boutiques en ligne, des plateformes métier, la réalité est bien plus nuancée que ce que la hype voudrait vous faire croire.
Ce comparatif WordPress vs Webflow ne sort pas d’un test de surface réalisé en une après-midi. Il est nourri par des années de projets concrets, de migrations dans les deux sens, et de retours clients bien réels. Notre objectif : vous donner les clés pour faire un choix éclairé, adapté à votre projet, et pas à celui du voisin.
Deux philosophies radicalement différentes
Avant de comparer des fonctionnalités, il faut comprendre que WordPress et Webflow incarnent deux approches fondamentalement opposées de la création web.
WordPress : l’écosystème open-source qui propulse le web
Lancé en 2003, WordPress est un CMS open-source auto-hébergé. Concrètement, cela signifie que vous êtes propriétaire de votre code, de votre base de données, de votre contenu. Vous choisissez votre hébergeur, vous installez les extensions dont vous avez besoin, vous pouvez modifier chaque ligne de code si nécessaire.
En 2026, WordPress propulse environ 43 % de l’ensemble des sites web dans le monde, et représente près de 62 % de parts de marché si l’on ne considère que les sites utilisant un CMS (source : W3Techs). Son écosystème compte plus de 60 000 extensions gratuites, des milliers de thèmes, et une communauté de développeurs absolument colossale, y compris en France, où les ressources francophones sont abondantes.
C’est cette flexibilité totale qui fait de WordPress l’outil de référence pour des sites aussi variés que le New York Times, TechCrunch, ou des boutiques WooCommerce gérant des milliers de références.
Webflow : le no-code tout-en-un pensé pour les designers
Webflow, lancé en 2013, est une plateforme SaaS (Software as a Service) qui combine éditeur visuel, hébergement et CMS dans une seule interface. Pas besoin de choisir un hébergeur ni d’installer des plugins : tout est intégré. L’outil a été conçu par des web designers, pour des web designers, et cela se ressent dans son approche « design-first ».
Avec environ 1 % de parts de marché mondial des CMS, Webflow reste un acteur de niche. Mais sa croissance est significative : la plateforme a généré 213 millions de dollars de revenus en 2024, soit une progression de 66 % par rapport à 2023. Son positionnement séduit particulièrement les startups, les agences de design, et les équipes marketing qui veulent pouvoir modifier leur site sans dépendre d’un développeur.
Design et personnalisation : le pixel contre l’écosystème
C’est souvent le premier argument mis en avant par les partisans de Webflow : la liberté de design. Et il faut reconnaître que sur ce point, l’outil tient ses promesses. L’éditeur visuel de Webflow permet de manipuler directement les propriétés CSS de chaque élément, de créer des animations complexes sans écrire une ligne de code, et d’obtenir un résultat pixel-perfect. Pour un designer qui pense en termes de flexbox, de grid et de box model, c’est un terrain de jeu remarquable.
Mais cette comparaison a un angle mort important. Elle oppose Webflow à un WordPress « de base » ou, pire, à un WordPress monté avec un page builder générique type Elementor ou Divi qui effectivement alourdissent le site et limitent les possibilités.
Or, le vrai WordPress professionnel, celui qu’on met en production chez nos clients, n’a rien à voir avec ça. Un thème sur-mesure développé proprement en PHP, avec une intégration HTML/CSS maîtrisée, offre exactement la même liberté créative que Webflow voire davantage, puisqu’on n’est limité par aucune interface. On code ce qu’on veut, comme on veut, sans les contraintes inhérentes à un éditeur visuel.
La vraie question n’est donc pas « quel outil offre le plus beau design ? », mais plutôt « qui va créer et maintenir votre site ? ». Si vous avez un designer web autonome qui veut itérer rapidement sans développeur, Webflow est un choix cohérent. Si vous travaillez avec une équipe technique ou une agence de développement WordPress, le sur-mesure WordPress sera plus puissant et plus pérenne.
SEO : là où WordPress creuse vraiment l’écart
Le référencement naturel est souvent présenté comme un match nul entre les deux plateformes. Les articles de comparaison vous diront que « Webflow intègre nativement le SEO » et que « WordPress nécessite des plugins ». C’est techniquement vrai, mais terriblement réducteur.
Le SEO natif de Webflow : correct, mais limité
Webflow permet effectivement de gérer les balises title, meta description, les attributs alt des images, de générer un sitemap automatique et de créer des redirections 301. Pour un site vitrine de quelques pages, c’est suffisant. Le code généré est propre, le temps de chargement est bon grâce au CDN intégré, et les Core Web Vitals sont généralement satisfaisants.
Mais dès que l’on entre dans une stratégie SEO sérieuse, celle qui fait la différence entre la page 2 et le top 3 de Google, les limites apparaissent vite. La gestion des données structurées (schema.org) est rudimentaire. Le contrôle fin du maillage interne est compliqué dès que le site prend de l’ampleur. La gestion du multilingue nécessite un outil tiers comme Weglot (environ 1 000 €/an supplémentaires). Et surtout, vous ne pouvez pas mettre en place des logiques avancées de redirection, de canonical, ou de pagination sans bidouiller avec du code custom.
WordPress + les bons outils : une machine de guerre SEO
Avec des extensions comme Rank Math, Yoast SEO ou SEOPress (cette dernière étant française, ce qui a son importance pour le marché hexagonal), WordPress devient un outil de référencement d’une puissance incomparable. Gestion fine des balises, données structurées avancées, audit de contenu intégré, redirections conditionnelles, sitemaps segmentés, optimisation du crawl budget… Tout est possible, et souvent en quelques clics.
Ajoutez à cela la possibilité de créer des structures de contenu complexes, taxonomies personnalisées, champs ACF, templates conditionnels, et vous obtenez un outil capable de supporter des stratégies de cocon sémantique, de content hub, et de maillage interne sophistiqué que Webflow ne peut tout simplement pas reproduire nativement.
Notre retour terrain est sans appel sur ce point : pour un site dont le trafic organique est un levier business majeur, WordPress offre un contrôle et une profondeur SEO que Webflow ne peut pas égaler.
Performance et Core Web Vitals : un match plus serré qu’on ne le croit
L’argument performance est souvent brandi en faveur de Webflow, et il a une part de vérité. La plateforme génère un code relativement propre, l’hébergement sur CDN (infrastructure AWS) est performant, et les optimisations de base (compression, lazy loading, préchargement) sont activées par défaut. Un site Webflow bien conçu affiche facilement des scores Core Web Vitals supérieurs à 90/100.
Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que WordPress peut atteindre, et dépasser, ces mêmes scores. La condition ? Un WordPress correctement mis en place. C’est-à-dire un thème léger et optimisé (pas un thème premium surchargé), un hébergement de qualité (LiteSpeed, Kinsta, WP Engine, ou un VPS bien configuré), et un plugin de cache efficace (WP Rocket, LiteSpeed Cache). Depuis WordPress 6.5, le cœur gère nativement le préchargement des ressources critiques, la minification et le lazy loading optimisé.
La vraie différence, c’est que Webflow vous donne de bonnes performances « par défaut » sans effort technique, tandis que WordPress demande un paramétrage initial rigoureux. Une fois ce paramétrage fait, les performances sont équivalentes, et sur des sites à fort trafic, l’avantage revient même à WordPress grâce à la finesse du contrôle sur le caching, le CDN, et l’optimisation serveur.
E-commerce : WooCommerce face à Webflow E-Commerce
Si vous envisagez de vendre en ligne, ce chapitre va probablement trancher le débat pour vous.
Webflow E-Commerce : séduisant mais limité
Webflow propose une solution e-commerce intégrée qui permet de créer de belles boutiques, avec un design sur-mesure et un processus d’achat fluide. L’intégration avec Stripe est native, la gestion des produits est intuitive, et l’expérience visuelle est soignée.
Cependant, les limites sont sérieuses pour un projet ambitieux :
- Plafond de 3 000 produits (10 000 items CMS au total)
- Pas de gestion multidevise native
- Pas de système d’abonnement intégré
- Pas de gestion de stock avancée (multi-entrepôt, fournisseurs…)
- Frais de transaction de 2 % sur le plan Standard (en plus des commissions Stripe/PayPal)
- Pas de marketplace, pas d’espace client avancé, pas de programme de fidélité natif
Pour une petite boutique avec quelques dizaines de produits et un positionnement très visuel (mode, design, artisanat), Webflow E-Commerce peut fonctionner. Mais dès que l’on parle de catalogue conséquent, de logique métier spécifique, ou de scalabilité, les murs se rapprochent vite.
WooCommerce : la flexibilité totale du e-commerce
WooCommerce, l’extension e-commerce de WordPress, propulse des millions de boutiques en ligne dans le monde. Et pour cause : il n’y a pratiquement aucune limite à ce que l’on peut faire. Catalogue illimité, gestion multidevise, abonnements, marketplace, système de réservation, click and collect, connexion ERP, facturation automatisée… L’écosystème WooCommerce couvre tous les cas d’usage imaginables.
Depuis WooCommerce 9.0 (2025), le checkout a été modernisé, les performances améliorées, et les intégrations avec Stripe, PayPal, Google Pay et Apple Pay sont natives. Le tout sans frais de transaction prélevés par la plateforme, vous ne payez que les commissions de votre passerelle de paiement.
Le revers de la médaille, c’est que WooCommerce demande plus de compétences techniques pour être mis en place correctement. Un site e-commerce WooCommerce mal configuré sera lent, fragile, et frustrant. Mais entre les mains d’un développeur compétent ou d’une agence spécialisée, c’est une solution d’une puissance et d’une souplesse inégalées.
Coûts réels : attention aux faux calculs
La question du budget est souvent mal posée dans les comparatifs. On lit partout que « WordPress est gratuit » et que « Webflow coûte X€/mois ». La réalité est plus complexe.
Le coût réel d’un site WordPress
WordPress le logiciel est effectivement gratuit. Mais un site WordPress professionnel implique :
- Un hébergement de qualité : entre 10 et 50 €/mois pour un hébergement performant (davantage pour du managed premium)
- Un thème premium ou un développement sur-mesure
- Des extensions premium éventuelles (SEO, sécurité, sauvegarde…)
- De la maintenance régulière : mises à jour du cœur, des extensions, surveillance de sécurité
Le coût total annuel d’un site WordPress bien maintenu se situe généralement entre 500 et 2 000 € (hors coût de création initial). Mais ce coût est modulable : vous pouvez optimiser chaque poste, changer d’hébergeur, remplacer une extension payante par une gratuite. Vous gardez le contrôle.
Le coût réel d’un site Webflow
Webflow fonctionne sur un modèle d’abonnement. Les plans site vont de 14 €/mois (basique) à 39 €/mois (Business). Les plans e-commerce démarrent à environ 29 $/mois et peuvent dépasser 200 $/mois pour les fonctionnalités avancées.
L’avantage : tout est inclus (hébergement, CDN, SSL, sécurité). Pas de surprise, pas de maintenance technique à gérer. L’inconvénient : vous êtes enfermé dans un abonnement. Si vous arrêtez de payer, votre site disparaît. Et si Webflow augmente ses tarifs (ce qui est déjà arrivé), vous n’avez pas d’alternative : c’est ça ou la migration.
Sur le long terme, et c’est un calcul que peu de comparatifs font, WordPress revient souvent moins cher, surtout pour les sites qui durent plusieurs années et qui évoluent au fil du temps.
Sécurité et maintenance : deux mondes, deux responsabilités
C’est un argument récurrent en faveur de Webflow : « pas de mises à jour à gérer, pas de failles de plugins, pas de maintenance ». Et c’est vrai. Webflow gère tout côté serveur : les mises à jour, les sauvegardes, la protection DDoS, le certificat SSL. Pour un non-technicien, c’est un confort indéniable.
WordPress, en revanche, demande une vigilance active. Les mises à jour du cœur, des thèmes et des extensions doivent être appliquées régulièrement. Les failles de sécurité dans les plugins mal codés sont une réalité. Un site WordPress laissé à l’abandon pendant six mois devient une cible facile.
Mais, et c’est un « mais » important, cette responsabilité est aussi une force. Quand vous maîtrisez votre infrastructure, vous pouvez implémenter des mesures de sécurité sur-mesure : pare-feu applicatif (WAF), authentification à deux facteurs, limitation des tentatives de connexion, monitoring en temps réel, sauvegardes externalisées et chiffrées. Vous n’êtes pas dépendant des choix de sécurité d’un tiers.
Et surtout, un contrat de maintenance WordPress avec une agence compétente résout entièrement cette problématique. Les mises à jour sont faites, les sauvegardes sont gérées, la sécurité est surveillée, et vous gardez la propriété totale de votre site.
Évolutivité et écosystème : la force de WordPress sur la durée
Un site web n’est pas un produit figé. Il évolue avec votre activité. Et c’est là que la différence entre une plateforme propriétaire et un écosystème open-source prend tout son sens.
Avec WordPress, les possibilités d’évolution sont pratiquement illimitées. Aujourd’hui un site vitrine, demain une boutique en ligne avec WooCommerce. Après-demain, un espace membre, une plateforme de formation, une marketplace, un système de réservation. Chaque nouvelle fonctionnalité peut être ajoutée via une extension existante ou un développement sur-mesure, sans jamais repartir de zéro.
Webflow, en tant que plateforme SaaS, vous limite à ce que l’outil propose. Certes, l’écosystème s’étoffe (intégrations Zapier, Make, Memberstack, etc.), mais chaque besoin « hors standard » nécessite une solution tierce, souvent payante, qui ajoute de la complexité et des coûts récurrents. Et si un jour vous avez besoin d’une fonctionnalité que Webflow ne supporte pas et qu’aucun outil tiers ne peut fournir ? Vous êtes bloqué, ou vous migrez.
Le sujet de la portabilité est aussi crucial. Votre site WordPress vous appartient : code, base de données, contenu, tout est exportable et transférable vers n’importe quel hébergeur. Avec Webflow, exporter votre site signifie récupérer du HTML/CSS statique, sans le CMS, sans les interactions, sans les fonctionnalités dynamiques. En pratique, une migration depuis Webflow implique de reconstruire le site.
Alors, WordPress ou Webflow ? Notre verdict de terrain
Après des années à travailler sur les deux plateformes et à accompagner des clients dans leurs choix, voici notre synthèse :
Webflow est un excellent choix si :
- Vous créez un site vitrine de quelques pages avec un design très soigné
- Vous n’avez pas d’équipe technique et voulez pouvoir modifier votre site vous-même
- Le SEO n’est pas votre levier d’acquisition principal
- Vous n’avez pas besoin de fonctionnalités métier complexes
- Votre budget de fonctionnement absorbe facilement un abonnement mensuel
WordPress est le meilleur choix si :
- Vous avez une ambition de croissance (contenu, fonctionnalités, trafic)
- Le référencement naturel est un levier business stratégique
- Vous avez besoin d’un site e-commerce sérieux avec WooCommerce
- Vous voulez garder la propriété totale de votre site et de vos données
- Vous prévoyez des fonctionnalités sur-mesure (espace client, système de réservation, connexion CRM ou ERP, extension personnalisée…)
- Vous travaillez avec une agence ou un développeur capable de maintenir le site dans la durée
Le vrai piège, c’est de choisir Webflow parce que c’est « tendance » sans avoir anticipé vos besoins à moyen terme. On a accompagné plusieurs entreprises dans des migrations Webflow → WordPress après avoir constaté les limites de la plateforme au bout de quelques mois. Ce type de migration a un coût, en temps, en argent, et parfois en référencement.
Faire le bon choix dès le départ
WordPress vs Webflow, ce n’est pas un combat entre le passé et le futur. C’est un choix entre deux approches, chacune avec ses forces légitimes. Webflow est un bel outil, bien pensé, qui répond à des besoins spécifiques. Mais pour la majorité des projets web professionnels en France, sites vitrines ambitieux, e-commerce, plateformes métier, stratégies SEO avancées, WordPress reste la solution la plus complète, la plus flexible, et la plus pérenne.
Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’outil lui-même : c’est la qualité de sa mise en œuvre. Un WordPress développé sur-mesure par des professionnels n’a rien à voir avec un WordPress bricolé à coups de page builders et de plugins gratuits. Et c’est précisément ce qui sépare un site qui performe d’un site qui stagne.
Vous hésitez encore entre WordPress et Webflow pour votre projet ? Chez French Horizon, nous prenons le temps d’analyser vos besoins réels avant de vous orienter vers la solution la plus adaptée. Parce qu’un bon site, ça commence par un bon diagnostic.


